Printemps_2012 - page 4-5

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E
xposition
L
a présence d’une femme dans le groupe impres-
sionniste prend figure aujourd’hui de symbole.
Invitée en1874 par Degas à la première exposition
impressionniste chez le photographe Nadar, quelques mois
avant son mariage avec Eugène Manet, Berthe Morisot
(1841-1895) est de toutes les expositions impressionnistes,
exception faite de la quatrième édition organisée peu après
la naissance de sa fille Julie (1878-1966). Elle scelle sa
destinée de peintre à celle des peintres du groupe, Monet,
Degas, Renoir, Pissarro qui la tiennent en haute estime et
la traitent en égale.
Avec cette rétrospective, le commissaire de l’exposition,
Marianne Mathieu, et l’équipe muséale ont souhaité désen-
claver le regard convenu porté sur la femme peintre, que
la critique compare à ses débuts à Fragonard et Watteau.
Depuis ses premières copies d’après les maîtres, faites au
Louvre en compagnie de sa sœur Edma, jusqu’à l’œuvre
ultime, Berthe Morisot se révèle une des artistes de son
temps la plus inventive et l’une des figures insignes de l’im-
pressionnisme. Par son ouverture d’esprit, ses recherches
liées au dessin (une passion qu’elle partage avec son ami
Renoir à partir de 1885) et à la dissolution des formes dans
Avec 25 peintures, 50 dessins, le Musée
Marmottan Monet est l’institution
publique qui détient la plus grande
collection d’œuvres de Berthe Morisot au monde.
Il conserve également la précieuse correspondance de
l’artiste et certains carnets de croquis indispensables
à l’étude de son œuvre. En 1993, Annie Rouart, la
femme de Denis Rouart, lui-même petit-fils de Berthe
Morisot, crée la fondation Denis et Annie Rouart
comprenant plus de 150 œuvres d’art dont près de
la moitié sont signées Berthe Morisot. Trois ans plus
tard, en 1996, Thérèse Rouart, l’épouse de Julien
Rouart, un autre petit-fils de l’artiste, suit cet exemple
en léguant trois œuvres de Berthe Morisot ainsi que
quelques pièces du mobilier de l’artiste. Quinze ans
après avoir organisé une importante exposition dédiée
à ce legs unique, le Musée Marmottan Monet se devait
de consacrer à Berthe Morisot une rétrospective, la
première présentée à Paris depuis 1941.
Cette manifestation n’aurait pu voir le jour sans la
participation et la générosité de la famille du peintre
à laquelle je tiens à exprimer toute ma gratitude.
Je souhaite également remercier les musées et les
collectionneurs du monde entier pour leur concours
capital. Sans eux, nous n’aurions pu réunir les 150
œuvres qui constituent le parcours de l’exposition. »
Extrait de l’avant-propos de
Jacques Taddei
,
membre de l’Académie des Beaux-Arts,
directeur du Musée Marmottan Monet
M
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Berthe Morisot
Première rétrospective de l’œuvre de Berthe
Morisot présentée à Paris depuis près d’un
demi-siècle, l’exposition réunit 150 œuvres,
parmi lesquelles les 25 peintures et 50 dessins
conservés par le Musée Marmottan Monet et issus
de plusieurs legs de la famille Rouart, offrant
ainsi à l'Académie des Beaux-Arts la plus grande
collection d’œuvres de l'artiste.
la lumière, elle explore deux voies qui préfigurent ce que
Monet expérimentera vingt ans plus tard.
Un parcours exhaustif s’ouvre sur un exceptionnel
ensemble d’autoportraits de celle qui deviendra la belle-
sœur d’Edouard Manet qu’elle rencontre au Louvre en 1868
et dont elle devient le modèle favori. Ses sujets féminins,
dominés par sa fille Julie, se partagent sa passion pour
la peinture de plein air à laquelle l’a initiée Corot. Ses
paysages, réalisés près de chez elle au Bois de Boulogne, lors
de ses séjours en Normandie, à Bougival, à Nice, au Mesnil,
en Bretagne, révèlent une audace stupéfiante par les effets
de transparence, la touche libre dans un cadrage serré et une
absence de perspective, pour des tentatives non figuratives
à la limite de l’abstraction. Les grandes compositions (1890-
1895) l’inclinent vers la peinture décorative, tandis que les
œuvres ultimes,
Julie rêveuse
, « renoirien » s’il en est, et
Bois de Boulogne
, esquissé, sont d’une liberté de facture qui
témoigne d’une peinture nouvelle.
u
Lydia Harambourg
, historienne et critique d’art,
membre correspondant de l’Académie des Beaux-Arts
Musée Marmottan Monet | du 8 mars au 1
er
juillet
Catalogue Éditions Hazan dans lequel sont publiés les textes
de deux illustres membres de l’Académie française,
Paul Valéry, écrit pour l’exposition Berthe Morisot à
l’Orangerie en 1941, et Jean-Marie-Rouart.
à gauche : Berthe Morisot,
Eugène Manet et sa fille dans le jardin
de Bougival
, 1881, huile sur toile, 73 x 92 cm, Musée Marmottan
Monet, Paris.
© Musée Marmottan Monet, Paris / Bridgeman Art / Presse
Au centre : Berthe Morisot,
Autoportrait
, 1885, huile sur toile,
61 x 50 cm, Musée Marmottan Monet, Paris.
© Musée Marmottan Monet,
Paris / Bridgeman Art / Presse
En haut : Berthe Morisot,
La Lecture
ou
L’Ombrelle verte
,
v.1873, huile sur toile, 46 x 71.8 cm, The Cleveland Museum
of Art - Gift of the Hanna Fund 1950.89.
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