Printemps_2012 - page 8-9

| 9
8
|
Nadine Eghels : Pourquoi avez-vous souhaité consacrer
un dossier de
La Lettre
au design ?
Arnaud d’Hauterives : Le design est aujourd’hui une pratique artistique très
répandue, plus présente dans la vie quotidienne que certaines expressions
plastiques traditionnelles. Il touche un large public, et de manière nouvelle. Il
est donc intéressant qu’il trouve un écho dans cette
Lettre
qui se veut refléter
l’évolution du monde des arts, lesquels ne sont heureusement pas figés une
fois pour toutes mais constituent une matière vivante, en perpétuelle mutation.
C’est en ce sens déjà que nous avons créé il y a cinq ans deux fauteuils pour les
photographes, artistes qui de nos jours devaient naturellement trouver leur place
au sein de notre compagnie.
N. E. : Envisageriez-vous dès lors de faire entrer
aussi un designer à l’Académie ?
A.H. : Pourquoi pas ? Ce serait conforme à l’évolution des pratiques artistiques,
nous sommes au XXI
e
siècle et l’Académie doit vivre dans son temps. N’oublions
pas que le nombre de sièges et de sections a été défini du temps de Louis XIV, il est
logique qu’il ne corresponde plus tout à fait à la réalité contemporaine. L’Académie
a d’ailleurs déjà accueilli en son sein des artistes qui ne s’inscrivaient pas dans la
définition
stricto sensu
des sections : un ferronnier d’art (Subes), un lissier (Lurçat)...
et ce fut bénéfique pour tout le monde ! Par ailleurs, il reste des sièges vacants dans
la section de Peinture et il nous est difficile de les pourvoir. Cela montre bien que
la peinture traditionnelle n’est plus aujourd’hui représentative de la multitude des
pratiques. Je pense qu’il serait temps de redéfinir le contenu de nos sections en y
intégrant les expressions actuelles incontestables, qui ont vraiment trouvé leur place
dans nos musées, dans nos galeries... dans nos vies.
N.E. : à quand remonte votre intérêt personnel pour le design ?
A.H. : À mes années d’études à l’École des Beaux-Arts, avant mon départ pour
Rome. Il y avait boulevard Saint-Germain le magasin Knoll (qui existe toujours)
où j’étais attiré par les formes et les coloris, nouveaux, originaux, joyeux. Déjà
à l’époque, le design m’apparaissait plus en prise sur la vie que la peinture. Il
en proposait une vision nouvelle, plus dynamique. J’appréciais le mariage du
fonctionnel et de l’esthétique, qui venait en plus, avec une certaine gratuité
propre au geste artistique.
N.E : Au fond, qu’est-ce qui différencie le design de la peinture ?
A.H. : Le design procède d’une nouvelle source d’inspiration. Dans la peinture,
même la plus abstraite, on raconte une histoire, on exprime, on suscite une
émotion. Le design s’affranchit de cette dimension émotionnelle, et témoigne
d’une exigence intellectuelle. Il vise à la satisfaction de l’œil, mais aussi au respect
de la fonction. Je dirais que la contrainte de la fonction impose un cadre à l’égo
du créateur.
u
Du fonctionnel
et de l’esthétique
Rencontre avec
Arnaud d’Hauterives
, Secrétaire perpétuel
L
’A.R.C. (atelier de recherche et de création) a
été créé en 1964 au sein du Mobilier national par
André Malraux, Ministre de la Culture. Cet atelier
occupe au sein du Mobilier national une place essentielle
et d’autant plus justifiée qu’il renoue avec la tradition de la
manufacture de meubles qui existait aux Gobelins à la fin du
17
e
siècle et sur laquelle nous savons très peu de choses.
L’atelier est entièrement consacré à la recherche et à la
création, en complément de l’activité des autres ateliers
voués à la restauration. Son rôle principal s’apparente à
la première des missions de l’établissement : meubler et
orner les lieux de pouvoir de la République française.
L’A.R.C. a pour mission de promouvoir l’esthétique et les
techniques contemporaines dans la création de nouveaux
meubles. Une commission consultative pilotée par le
Ministère de la Culture conseille l’administrateur général
dans sa politique de commandes avec le souci de favoriser
l’entrée des formes contemporaines dans les Palais de
la République. Nous rappelons par là que le Mobilier
national, réunion en une seule et même institution depuis
1937 du Garde-meuble Royal puis Républicain et des
Manufactures, c’est tout simplement quatre siècles d’art
contemporain. De même qu’il n’était pas pensable que
Louis XIV se meuble avec des meubles qui n’avaient pas
été créés spécifiquement pour le château de Versailles, de
même, il est souhaitable que des lieux aussi prestigieux
que l’Elysée, Matignon, nos grandes ambassades réparties
dans le monde soient meublées avec des réalisations
récentes des meilleurs designers.
L’A.R.C., dirigé aujourd’hui par Alain Rotté-Capet,
a réalisé plus de 800 meubles depuis 1964, à l’état de
prototypes. On distingue deux types de réalisations :
celles créées pour un lieu précis ou celles conçues d’une
façon plus générale (un bureau pour un ministre,
un salon, une bibliothèque… ), sans que l’on connaisse
à l’avance l’affectation.
Dans le premier cas de figure, signalons les réalisations
du regretté Pierre Paulin pour les appartements du
Président de l’Elysée (1971 et 1983), les ambassades de
France à Moscou, à Washington et à Berlin (1979-1984
et 2000) ou bien les mobiliers pour les pavillons français
des expositions universelles de Montréal et d’Osaka ; dans
le deuxième cas, signalons de nombreuses réalisations de
Kufus, Bauchet, Pillet, Szekely… ; une liste exhaustive
prendrait plusieurs pages.
Comme l’A.R.C. se doit d’être toujours à la pointe de
la création, les techniciens d’art de haut niveau ont
été formés à de nouvelles technologies et au travail de
matériaux nouveaux : résines et matières plastiques.
u
D
ossier
L'Atelier de Recherche et de Création
au sein du Mobilier national
Par
Arnauld Brejon de Lavergnée
,
Directeur des collections du Mobilier national
Illustration : bureau en matériau composite.
Photo Muriel Cinqpeyres
Chaises conçues par Harry Bertoia pour Knoll, vers 1950.
Herbert Matter, affiche publicitaire.
1,2-3,4-5,6-7 10-11,12-13,14-15,16-17,18-19,20-21,22-23,24-25,26-27,28-29,...32
Powered by FlippingBook