Printemps_2012 - page 10-11

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A
ux
origines
de
la
production
de
série
L'histoire du design est indissociable de celle de la
révolution industrielle. Avec la production mécanisée,
commence une nouvelle histoire de l'environnement
humain, écrite par les industriels et non plus uniquement
par les artisans et les artistes. Des balbutiements de
la machine à vapeur aux premiers gratte-ciel, elle se
développe en prenant appui sur l'innovation technologique.
Made in America
1908, la Ford T, première automobile fabriquée en grande série.
Nés avec la révolution industrielle, dégagés de toute référence
historique, les Etats-Unis offrent un cadre idéal à l'essor de la
mécanisation à grande échelle. En 1908, Henry Ford, séduit
par l'efficacité des dispositifs qui équipent les abattoirs de
Chicago, a l'idée de mécaniser la fabrication du modèle T,
première voiture automobile économique, fabriquée à 15
millions d'exemplaires de 1909 à 1926. Ford applique les
principes d'organisation scientifique du travail développés par
Taylor pour mettre au point la chaîne de fabrication.
D
ossier
L
es
formes
de
la
liberté
L'après-guerre ouvre aux designers de nouvelles voies
d'expérimentation et d'action. Matériaux, technologies,
habitudes de consommation : tout change et les objets de la
vie quotidienne deviennent peu à peu des produits culturels.
Forme souple et matériau de synthèse : la rencontre
1959 Panton chair, Verner Panton.
Le fonctionnalisme dominant n'empêche pas certains
designers de défricher un nouvel univers formel, conju-
guant héritage du Streamline et forme libre, grâce aux
possibilités offertes par les nouveaux matériaux et les
nouvelles techniques de fabrication. Ainsi, le Danois Verner
Panton reprend-t-il à la fin des années 50 l'idée du siège
ZigZag imaginé avant-guerre par Rietveld dans une version
tubulaire, puis proposé dans un assemblage de planches de
bois épaisses. Panton utilise les techniques de moulage de
matériaux de synthèse ABS (acrylonitrile batadiennestyrène)
pour obtenir une forme nappée unique, réunissant siège,
dossier, piètement d'une extrême fluidité.
A
nnées
70, 80...
Le design industriel n'échappe pas à une remise en cause
généralisée des effets pervers de la société industrielle.
Contre le fonctionnalisme froid, la postmodernité remet
sur le devant de la scène des valeurs oubliées : historicisme,
régionalisme, univers symbolique, voire sacré.
Les années laboratoire
1992, Tabouré-coffre Bubu 1
er
, Philippe Starck pour les Trois Suisses.
Le « nouveau design » se lance dans des recherches comme
celle qui unit production artisanale et production industrielle
de série. Ainsi les Français Elisabeth Garouste et Mattia
Bonetti imaginent une Table-rocher composée d'un plateau
triangulaire en tôle d'acier émaillée, parfaitement réalisable
industriellement, fichée par ses trois sommets dans trois
rochers laissés bruts qui constituent le piétement. En Italie,
Andrea Branzi prône l'avènement d'un nouvel artisanat.
En France, l'éclectisme domine : tandis que Garouste et
Bonetti évoluent vers le néo-baroque, Philippe Starck, qui
devient un chef de file, développe une démarche globale,
tournée vers la production industrialisée. Elle embrasse tous
les aspects du design (produit, graphisme), mais également
l'architecture intérieure et même l'architecture.
et
après
:
des
courants
et
des
ondes
Avec la généralisation des outils de « cao » et de « cfao »,
de nouvelles perspectives se sont ouvertes aux designers.
La dématérialisation progressive des objets peut laisser
présager que demain, plus que de la matière, il s'agira de
mettre en œuvre des courants et des ondes.
1999 - Extrait du site « Place au design » /
Crédits : Hélène Carentz, Sido Hennequart-Perrottet,
Anne Dasriaux, Manuel Delannoy, Atelier La moulinette, [dizajn],
Françoise Moinet, Brice d'Antras, Thibault Honnet,
Jean-Charles Gaté, Bertrand Esclasse, Ismael Bidau.
à paraître : Raymond Guidot,
Histoire de l'objet,
chroniques du design industriel
, aux éditions Hazan.
L
e
temps
des
avants
-
gardes
Dans l'effervescence des annees 20 naissent des
mouvements hérités du cubisme puis des futurisme italien,
constructivisme et suprématisme russes, mouvement
hollandais De Stijl, qui vont marquer par leur audace tout le
xx
e
siècle. Dans toute l'Europe, ces avant-gardes artistiques
conjuguent recherche théorique et confrontation avec le réel.
Le Bauhaus, école de la curiosité
1925, fauteuil Club B3 (qui deviendra Wassily lors de sa réédition, en
1963, par l'entreprise italienne Gavina), Marcel Breuer, siège et dossier
en toile, tissu ou cuir, chassis en tubes d'acier cintré.
Né en 1919 dans une Allemagne vaincue et appauvrie, le
Bauhaus, à ses débuts, n'est pas, pour des raisons écono-
miques évidentes, tourné vers la production en série. Son
fondateur, Walter Gropius, veut surtout former des créa-
teurs capables de concevoir tout ce qui, en dehors du bâti,
concerne la production d'environnement. La démarche
repose sur un cours fondamental, dont l'élaboration et l'en-
seignement sont confiés à des plasticiens venus des courants
d'avant-garde. Ce n'est qu'en 1925, avec l'aménagement en
Allemagne de la dette de guerre et l'arrivée des capitaux
américains, que le Bauhaus peut s'orienter vers la produc-
tion industrielle. Avec, notamment, les meubles à structure
tubulaire de Marcel Breuer, il est alors reconnu comme un
haut lieu d'innovation. En 1933, les nazis ferment l'école.
Bref historique
du design
Par
Raymond Guidot
, historien du design
L'histoire du design se confond avec l'Histoire.
Des origines de la révolution industrielle au design contemporain,
une brève chronologie.
Photos DR
L
es
années
20
et
30
De l'Europe à l'Amérique, l'entre-deux-guerres oscille entre
passion technologique et nostalgie du passé. En France,
à l'épanouissement de l'Art déco répond l'Union des artistes
modernes, qui s'inscrit dans le mouvement moderne. En
Finlande Alvar Aalto réconcilie savoir-faire artisanal
et fonctionnalisme rationaliste. En Allemagne, l'avant-
garde qui s'épanouit à l'aube des années vingt devient
« dégénérée » à l'avènement du nazisme. Les références
antiques de l'urbanisme d'Albert Speer coïncident avec la
naissance d'une voiture de conception futuriste, la célèbre
Volkswagen « Coccinelle ».
Comme un bolide, le Streamline
à la conquête des États-Unis.
1937, la locomotive PRR S1 de la Pennsylvania Railroad, USA,
œuvre de Raymond Loewy.
Au lendemain de la crise de 1929, les industriels américains
prennent conscience de l'importance de l'esthétique dans le
succès commercial des produits de grande consommation. Les
premières grandes agences d'esthétique industrielle voient le
jour. Elles proposent au grand public des objets quotidiens
inspirés des formes aérodynamiques des dernières merveilles
technologiques - voitures, trains, bateaux, avions. C'est le
Streamline, dont les lignes fluides et lisses coïncident avec
la généralisation des techniques d'emboutissage de la tôle
d'acier et du moulage « en coquille » d'alliages d'aluminium
ou de matériau de synthèse : la Bakélite.
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