Printemps_2012 - page 14-15

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ossier
Nadine Eghels : Quand cette école
a-t-elle été créée ?
Yann Fabès : Il y a plus de 150 ans ! C’était l’école de dessin
de Saint-Étienne, une des nombreuses écoles implantées en
région pour offrir une alternative à l’Académie de Paris, en
rapport avec le développement industriel de certains territoi-
res. À Saint-Étienne, c’étaient l’industrie métallurgique et la
passementerie qui prévalaient. Les industriels avaient besoin
de dessinateurs pour décorer les objets qu’ils produisaient.
L’école est donc née d’une réalité économique.
N.E. : L’école est-elle en lien avec l’université ?
Y.F. : Les écoles d’art se sont développées en dehors de l’uni-
versité, leur tutelle est toujours le Ministère de la Culture,
et non l’Education nationale. Depuis quelques années les 58
écoles d’art du réseau se sont constituées en établissements
autonomes et ont changé d’appellation pour signifier leur
appartenance au circuit de l’enseignement supérieur.
N.E. : Quel est le diplôme délivré ?
Y.F. : Après cinq ans, le diplôme délivré est un équivalent de
master. Nous nous attachons à construire le niveau doctoral.
C’est de l’école de Saint-Étienne que sont sortis les premiers
diplômés en design.
Saint-étienne,
une ville dédiée
au design
Créée en 2005, la Cité du design est ouverte aux publics
depuis 2009 sur le site de l’ancienne manufacture
d’armes de Saint-Étienne. Depuis 2010, la Cité du
design et l’École supérieure d’art et de design sont
regroupées au sein d’un Établissement Public de
Coopération Culturelle leur permettant de partager
leurs moyens et de s’associer pour des actions
majeures telles que la Biennale. Une réalisation
exemplaire, de renommée mondiale, dont nous avons
voulu rendre compte. Reportage.
N.E. : Comment s’organise
l’enseignement du design ?
Y.F. : Dans les années 1980, nous avons formalisé des
champs optionnels : le premier est centré sur la photo,
le documentaire, la communication ; le deuxième sur les
matières artistiques, le troisième sur l’environnement, qui
inclut l’option design.
N.E. : Comment l’École est-elle
intégrée dans la ville ?
Y.F. : À Saint-Étienne, l’histoire industrielle est incontour-
nable, aussi l’École a un positionnement très fort dans la
ville. Elle est née d’ailleurs de la volonté politique d’initier
une reconversion de la ville par le design. Il y a eu d’abord la
création de la Biennale Internationale Design Saint-Étienne,
en 1998, assumée par l’École pour les trois premières
éditions, ensuite est né le concept de la Cité du design,
porteur de tout ce qui relève du développement du design
à l’échelle de la ville, et même de la région.
N.E. : Et sur le plan international ?
Y.F. : Depuis quelques années l’École est très repérée, et
depuis 2011 Saint-Étienne a été reconnue par l’UNESCO
comme « ville du design », la seule en Europe avec Berlin.
L’école fait partie d’un réseau international d’écoles répu-
tées, 63 établissements dans le monde avec lesquels nous
échangeons des élèves (dans le cadre d’Erasmus notamment)
et travaillons à faire coïncider nos options pédagogiques, et
à développer conjointement des programmes de recherche.
En plus la Biennale nous permet d’inviter ces écoles, de leur
offrir une plateforme.
N.E. : Quelle est l’histoire du bâtiment ?
Y.F. : Nous avons inauguré ces nouveaux locaux en 2009,
avant nous étions dans le bâtiment historique de l’École
des Beaux-Arts en centre-ville, qui date de 1850. Ici nous
sommes sur le site du GIAT, la Manufacture d’armes de
Saint-Étienne. Dans ces vastes espaces nous avons mutualisé
entre Cité et école des services comme la médiathèque, la
« matériauthèque », les salles d’exposition, l’auditorium, les
salles de séminaire. L’École est partie prenante dans tous
les programmes de la Cité, de sorte que les étudiants sont
immergés dans la vie active, en rapport avec le monde de la
culture et celui de l’industrie.
N.E. : Le design est une notion vaste et complexe.
Quels sont les domaines privilégiés ici ?
Y.F. : Nous explorons trois champs d’investigation : le design
d’objets industriels, le design d’espace (qui comprend
l’aménagement intérieur, la scénographie d’expositions
ou de lieux publics), et enfin le webdesign, les pratiques
numériques, les objets communicants, l’interactivité entre
technologie et créativité. Un domaine d’avenir, avec un
vecteur d’usage fort.
N.E. : Quelle est la place de l’expérience
dans cet enseignement ?
Y.F. : Elle est centrale. L’École est conçue comme un lieu
de production. Les étudiants s’impliquent dans tous les
programmes d’exposition ou de recherche. Ils réalisent aussi
la revue Azimuts, avec les étudiants du post-diplôme qui
restent à l’école une ou deux années supplémentaires. Notre
souci est d’imposer un modèle de formation et de recherche
qui comprenne l’expérience et la pratique.
u
L’école supérieure
d’art et design
de Saint-Étienne
L’École régionale des Beaux-Arts de Saint-
Étienne, aujourd’hui École supérieure d’art
et design (ESADSE), a été créée en 1857 pour
former des créateurs et répondre notamment
aux besoins des fabricants de rubans, d’armes
et de cycles, soucieux de la diversité décorative
de leur production. Elle est donc, depuis son
origine, étroitement liée à l’essor économique
d’une ville à la pointe de la modernité
industrielle pendant tout le XIX
e
siècle.
Rencontre avec
Yann Fabès
, directeur.
à gauche : vue
d'ensemble
de l'ancienne
Manufacture qui
abrite désormais la
Cité du design et
l’École supérieure
d’art et de design.
Photo Agence Lin
.
Ci-dessus, la
médiathèque et la
matériauthèque.
Photo CM Pezon.
à droite : les
étudiants et
les enseignants
bénéficient
de structures
et d'espaces
exceptionnels.
Photos Sandrine Binoux
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