oeuvre d'Anna Ridler, lauréate du Prix Arts numériques

Anna Ridler, lauréate du Prix Arts numériques

La Fondation Etrillard, fondation familiale suisse, et l’Académie des beaux-arts ont lancé en mars 2026 la deuxième édition du Prix Arts numériques. Ouvert aux candidats de toute nationalité résidant en Europe, sans limite d’âge, ce prix inédit récompense chaque année une œuvre numérique récente en résonance avec les disciplines artistiques représentées à l’Académie. Une exposition dédiée aux deux premières éditions du Prix sera organisée par la Fondation Etrillard et l’Académie des beaux-arts à l’automne 2027 au Pavillon Comtesse de Caen.
 

 

La sélection et le choix du lauréat

210 candidatures provenant de toute l’Europe ont été reçues à l’issue de l’appel à candidatures. Les jurés ont ensuite procédé à plusieurs phases de présélection qui ont abouti à l’examen de 19 dossiers le 8 juillet 2026 lors du jury final. Au cours de ce jury, trois artistes ont été désignés finalistes du concours : Alexandra Daisy Ginsberg, pour son œuvre Pollinator Pathmaker: Perceptual Field 7SzzLn6GnY97DSo7hCSLMf, le duo Holly Herndon & Mathew Dryhurst, pour leur œuvre Starmirror et Anna Ridler, pour son œuvre Circadian Nocturne.

Le lauréat a été proclamé ce mercredi 21 octobre à l’occasion d’une soirée de présentation dans la Grande salle des séances du Palais de l’Institut de France. Il s’agit d' Anna Ridler pour son œuvre Circadian Nocturne. Elle reçoit une dotation de 20 000 euros, en récompense de son parcours et de son œuvre numérique.

« Remporter ce prix revêt une grande importance. La place de l’art numérique au sein du monde de l’art au sens large fait l’objet de débats, d’autant plus avec l’essor et l’utilisation de l’IA générative dans tant de contextes différents. Tous les artistes récompensés – moi-même, Holly Herndon, Mat Dryhurst et Alexandra Daisy Ginsberg – s’interrogent sur cette technologie et s’efforcent de montrer comment elle peut être utilisée de manière réfléchie, délicate et captivante à travers une grande variété de thèmes et de pratiques. J’ai toujours été intéressée par la création de liens avec d’autres formes d’art et avec des moments de l’histoire de l’art ; remporter ce prix revêt donc une grande importance à mes yeux. »

Anna Ridler

Née en 1985, Anna Ridler est une artiste et écrivaine britannique dont la pratique explore des systèmes complexes, qu’ils soient technologiques, financiers ou écologiques, et la manière dont ils révèlent et dissimulent à la fois. Elle conçoit des systèmes d’apprentissage automatique et constitue elle-même ses jeux de données : son travail se situe ainsi au cœur de ces technologies plutôt que dans un commentaire extérieur. Diplômée d’un master en Information Experience Design du Royal College of Art et d’une licence en littérature et langue anglaises de l’université d’Oxford, elle a également été fellow au Creative Computing Institute de l’University of the Arts London. Son travail a été présenté à l’international, notamment au Buk Seoul Museum of Art, au ZKM de Karlsruhe, à l’université d’Oxford, au Barbican Centre, à la HEK de Bâle, au Centre Pompidou, au Tokyo Photographic Art Museum, au MIT Museum, ainsi que sur les écrans de Times Square. Ses oeuvres figurent dans les collections permanentes du Whitney Museum of American Art, du Centre Pompidou, du Victoria and Albert Museum, du M+ et du ZKM. En 2025, elle a été nommée conjointement avec Sofia Crespo « Artiste numérique de l’année » par l’Arab Bank Switzerland, elle est représentée par la galerie Nagel Draxler.

Quelques mots sur l'œuvre

Circadian Nocturne (2023) est une installation composée d’animations générées par IA représentant des fleurs nocturnes, commandée à l’origine pour le « Midnight Moment » de Times Square. Faute de recensement officiel de ces fleurs nocturnes, jugées sans intérêt économique, l’artiste en a constitué sa propre archive, en consultant des scientifiques et en cultivant certaines plantes, puis a entraîné des réseaux de neurones à partir de ces données. Blanches pour refléter le clair de lune et attirer leurs pollinisateurs, ces fleurs se retrouvent transposées dans un lieu baigné de lumière artificielle permanente. L’œuvre illustre la démarche de Ridler : archiver ce que les systèmes officiels ignorent et utiliser l’IA pour révéler la collision entre différents systèmes de valeur et de temporalité.

Oeuvre d'Anna Ridler
Anna Ridler, Circadian Nocturne, 2023

Un jury prestigieux et pluridisciplinaire

Présidé par Gilles Etrillard, président et fondateur de la Fondation Etrillard, le jury a réuni autour de Blanca Li, chorégraphe, réalisatrice, danseuse et comédienne, membre de l’Académie des beaux-arts et Patrick Flandrin, physicien et membre de l’Académie des sciences, cinq experts de l’art numérique : Philippe Bettinelli, conservateur au service Nouveaux Médias du Centre Pompidou, Jean-Marie Dallet, artiste numérique et professeur à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Sarah Kenderdine, professeure de muséologie digitale à l’EPFL (École Polytechnique fédérale de Lausanne), Sabine Himmelsbach, directrice de la HEK (Haus der Elektronischen Künste) à Bâle, et Margit Rosen, responsable des collections, des archives et de la recherche au ZKM Zentrum für Kunst und Medien à Karlsruhe.

« Ces trois oeuvres nous rappellent que l’innovation artistique dans le domaine du numérique se nourrit aussi de patience, d’attention au vivant et de mémoire. De l’héritage musical d’Hildegarde de Bingen aux connaissances botaniques, leurs auteurs puisent dans les arts et les sciences pour donner de nouvelles formes à ce qu’ils observent et à ce qu’ils héritent du passé. C’est cette rencontre que nous souhaitons encourager avec l’Académie des beaux-arts. Notre lauréate, Anna Ridler, l’incarne avec une grande justesse : dans Circadian Nocturne, la précision de l’observation botanique rencontre l’inspiration des nocturnes de Chopin pour nous inviter à découvrir, avec poésie, les rythmes du vivant qui échappent à notre attention. » Miguel Perez de Guzman, délégué général de la Fondation Etrillard