Dans la peau de Claude Monet

Entretien avec François Marthouret, comédien
Propos recueillis par Nadine Eghels

[article issu de la Lettre de l'Académie n°104, Célébrer Claude Monet]

 

François Marthouret et Pierre Arditi dans les rôles de Claude Monet et Georges Clemenceau dans Clemenceau, la force d'aimer, téléfilm français réalisé en 2022 par Lorraine Lévy d'après un scénario de Jacques Santamaria et Nathalie Saint-Cricq.© Philippe Warrin - Effervescence - FTV

 

Nadine Eghels : Vous avez joué le rôle de Claude Monet dans le film Clemenceau, la force d’aimer, réalisé en 2022 par Lorraine Lévy d’après le livre de Nathalie Saint-Cricq. Pierre Arditi incarnait Clemenceau, qu’une amitié très forte liait à Monet. Comment avez-vous abordé ce personnage ?

François Marthouret : Je n’avais que quelques jours de tournage pour incarner cet homme magnifique, face à mon ami Pierre Arditi. Le scénario était très bon et donnait au film une réalité concrète et attachante. 

 

N.E. : Où avez-vous tourné ?

F.M. : Au musée Clemenceau à Passy, installé dans le rez-de-jardin qu’il habitait, et aussi à Giverny. 

 

N.E. : Qu’avez-vous retenu de cette expérience ? 

F.M. : D’abord la transformation physique ! Après quelques heures de maquillage, la ressemblance était frappante. Une photo nous représente, Pierre Arditi et moi, assis sur un banc à Giverny : on jurerait un document d’époque. Au-delà de cet amusement, incarner un personnage de cette envergure, un artiste qui a fait preuve d’un engagement dans son art tel qu’on a toujours souhaité l’avoir pour le sien, représente une expérience singulière.

 

N.E. : Le fait d’être dans sa maison, dans son jardin vous a-t-il aidé à incarner ce personnage ?

F.M. : Comme disait Ariane Mnouchkine, le muscle principal du comédien, c’est l’imagination. Pour jouer un personnage comme Monet, on peut bien sûr explorer sa peinture, étudier sa biographie. Mais pour transmettre quelque chose de son génie, il faut de l’imagination. Être à Giverny facilitait ce déplacement. En étant sur le site, elle pouvait se déployer à partir d’une base concrète. À Giverny, je me sentais chez moi ! J’étais imprégné par le lieu, dans l’atelier c’était impressionnant ! Finalement en créant cette maison et ce jardin, il m’avait facilité la tâche... c’était plus évident de devenir lui.

 

N.E. : De quoi vous êtes-vous nourri pour construire le personnage ?

F. M. : Si j’étais Daniel Day Lewis par exemple, j’aurais tout arrêté pendant six mois pour me plonger totalement dans la vie et dans l’œuvre de Monet, et même repeindre toute son œuvre ! Mais il ne s’agissait pas d’un biopic sur Monet... quelques heures dans la peinture, et surtout dans le jardin m’ont permis d’intégrer son univers, à défaut de son génie !