Mstislav Rostropovitch
Mstislav Rostropovitch (1927-2007) est un violoncelliste et chef d’orchestre russe du XXe siècle. Né à Bakou, alors en Azerbaïdjan soviétique, le jeune garçon grandit dans une famille de musiciens avec un père violoncelliste. En 1932, sa famille déménage à Moscou. Le père de Rostropovitch joue dans l’orchestre de la Radio nationale tandis que son fils prend des cours de musique. Dès l’âge de dix ans, il accompagne son père en tournée et fait ses premiers concerts.
Entré au Conservatoire de Moscou en 1941, il suit les cours d’orchestration de Chostakovitch et travaille avec Prokofiev. Après la mort de son père, il lui succède comme violoncelliste soliste. Primé en 1945 au Concours des Jeunes Musiciens de l’URSS, le jeune virtuose enchaine les tournées. A seulement vingt ans, il commence une carrière internationale. Enchainant les distinctions, il est nommé artiste émérite en 1951 et honoré du Prix Staline.
Après Chostakovitch, Rostropovitch fait la rencontre d’un autre compositeur de renom en 1960 : Benjamin Britten. Ce-dernier compose d’ailleurs une sonate pour son ami russe. Très actif politiquement, Rostropovitch s’engage dès la fin des années 60 dans l’opposition en URSS. Ainsi héberge-t-il Soljenitsyne pendant quatre ans avant son expulsion. Rostropovitch se voit limité dans sa carrière et privé de concerts avant d’être finalement contraint de s’exiler. En 1974, il part avec son épouse, soprano, pour les Etats-Unis. En réponse, le régime soviétique les déchoit de leur nationalité. Ils ne reverront la Russie qu’en 1990.
Le couple s’établit aussi à Paris où Rostropovitch fonde un concours international de violoncelle portant son nom. En 1977, il prend la direction de l’Orchestre symphonique national de Washington et dirige à Londres et Paris. Sa direction, empreinte de passion et de rigueur, met en valeur le répertoire russe tout en explorant des œuvres contemporaines. En 1987, il est élu à l’Académie des beaux-arts au fauteuil du sculpteur britannique Henry Moore.
Le 11 novembre 1989, soit deux jours après la chute du Mur de Berlin, le virtuose vient jouer Bach devant une foule médusée par cette improvisation. Un moment symbolique et hors du temps pour cet homme qui avait défendu la liberté jusqu’à en perdre sa nationalité. Après la chute de l’URSS, il retrouve sa citoyenneté russe et retourne à Moscou.
Ambassadeur de l’UNESCO, Rostropovitch continue de s’engager pour des causes humanitaires à travers le monde. Avec son épouse, il fonde notamment une fondation pour la vaccination des enfants et ouvre des écoles de musique. Il décède à Moscou en 2007. Musicien de génie, artiste passionné, il fut aussi un serviteur infatigable de la liberté et des droits humaines. Celui que la foule surnommait « Slava » incarnait ainsi le rôle d’un art au service de l’humanité.