Anne-Louis Girodet-Trioson
Anne-Louis Girodet-Trioson (1797-1824) est un peintre emblématique du tournant entre néoclassicisme et romantisme. Né à Montargis, orphelin de père, Girodet est d’abord formé à l’architecture avant d’intégrer l’atelier de Jacques-Louis David en 1785 dont il se révèle rapidement comme l’un des plus talentueux élèves. Prix de Rome en 1793, il part pour la Ville éternelle mais le contexte révolutionnaire l’oblige à écourter son séjour de formation. Peignant d’abord dans la veine de son maitre, il s’en éloigne peu à peu, lui reprochant de privilégier le modèle romain aux dépends du modèle grec. Il faut dire que la relation entre les deux hommes n’est pas simple, entre admiration et méfiance réciproque.
Girodet concourt pour le prix de Rome quatre années consécutives : 1786, 1787, 1788 et 1789. En 1786, il présente Coriolan quittant sa famille. L'année suivante, il est disqualifié pour avoir sorti des croquis de l'enceinte de l'épreuve. Il le retente en 1788 avec La Mort de Tatius et obtient la seconde place. Il en est lauréat en 1789 avec Joseph reconnu par ses frères.
Après avoir fui la capitale en 1793, Girodet regagne Paris en 1795. Il y peint plusieurs tableaux majeurs dont le portrait de Jean-Baptiste Belley en 1797, Mademoiselle Lange en Danaé en 1799, un portrait de Napoléon Bonaparte Premier consul en 1802, La Leçon de géographie en 1803, les Atala au tombeau en 1808, le Portrait de Chateaubriand méditant sur les ruines de Rome en 1809.
Comme Gros, il va traiter l’épopée napoléonienne qui lui est contemporaine mais dans un style moins officiel. Sa peinture est pleine de clair-obscur, d’une Antiquité idéalisée et d’un profond sentiment de tragique, annonciateur du romantisme. Artiste solitaire et perfectionniste, aussi poète, Girodet souffre d’une santé fragile et d’un tempérament mélancolique. Il laisse une œuvre à la fois érudite et novatrice, marquée par une tension constante entre tradition et invention. Mais aussi un goût pour l’étrange, le nocturne et l’héroïsme. Surtout, Girodet va incarner la naissance d’une première sensibilité romantique en peinture.
A sa mort en 1824, après une carrière professorale aux beaux-arts de Paris sous la Restauration, Girodet jouit déjà d’une grande renommée, incarnant parfaitement l’esthétique préromantique qui s’apprête à connaître son heure de gloire avec la génération suivante d’artistes.
Je tâche de m’éloigner de son genre (de David) autant qu’il est possible.