Antoine-Jean Gros
Antoine-Jean Gros (1771-1835) est un des plus prestigieux élèves de David, entré dans son atelier la même année que Girodet, en 1785. Comme son confrère, on peut qualifier son œuvre de préromantique. Malgré un échec au prix de Rome en 1792, il parvient à partir en Italie par ses propres moyens. Là-bas, il vit grâce à des commandes de portrait et fait la connaissance de Joséphine Bonaparte en 1796. Une rencontre décisive qui lui ouvre la voie à une carrière officielle. De retour en France en 1799, il devient peintre d’histoire et suit les campagnes napoléoniennes, mettant son art au service du nouveau régime. Il se fait connaître par ses toiles grandioses mêlant héroïsme et pathos, introduisant un souffle dramatique, des couleurs vibrantes et un certain sens du mouvement.
Mais à la chute de l’Empire, en 1815, le succès de Gros s’estompe, son art étant trop connoté aux yeux des Bourbons. En proie à une violente dépression et en quête permanente du chef-d’œuvre de sa vie, il peine à se faire une place de chef de file parmi les anciens de l’atelier de David, ce-dernier ayant été forcé à l’exil en Belgique. Alors que le mouvement romantique s’impose dans le paysage artistique français, et alors même qu’il en a été par certains aspects l’un des précurseurs, Gros se range dans un néoclassicisme extrême, plus du tout apprécié par la critique. Accablé par les critiques et le sentiment d’échec artistique, miné par sa dépression, il met fin à ses jours le 25 juin 1835 en se jetant dans la Seine.
Malgré une fin de carrière et de vie tragique, Gros laisse derrière lui une œuvre marquante, fondamentalement à la croisée des styles. On dit d’ailleurs qu’il fut l’un des artistes qui aurait le plus inspiré Géricault, l’étoile filante du romantisme en peinture. De quoi remettre en valeur la production de ce peintre mélancolique.