Eugène Delacroix
Eugène Delacroix (1798-1863) fut le chef de file du romantisme français en peinture. En rupture avec l’esthétique néoclassique, qui prônait la représentation sobre et mesurée de sujets mythologiques ou de l’histoire antique, Delacroix a traité dans ses œuvres des sujets contemporains comme s’il traitait de la peinture d’histoire. Du peintre romantique, on retient ce goût prononcé pour la couleur, le mouvement et les effets décoratifs. Son nom reste aussi associé au courant orientaliste qui se déploie tout au long du XIXe siècle.
Né dans un milieu favorisé, le jeune Delacroix reçoit une éducation d’excellence à Paris. En parallèle de ses études aux beaux-arts, il entre dans l’atelier de Guérin où il fait la rencontre de Géricault, son aîné de sept ans, qui aura une influence plus que capitale sur sa production et l’amènera progressivement vers le romantisme. Dans l’atelier néoclassique et libéral de Guérin, Delacroix se distingue d’emblée par son audace stylistique et son rejet des conventions classiques. Mais, souffrant d’une carence en apprentissage technique, il échoue au prix de Rome. En 1825, il voyage en Angleterre et se découvre une passion pour le théâtre shakespearien dont il retient les sujets et l’esthétique pour ses œuvres futures.
Il est révélé à la critique et au public à partir de sa première exposition au Salon en 1822. Dès lors, il choque par des mises en scène dramatique, des couleurs vibrantes et un traitement expressif de la lumière et de l’ombre. Son œuvre marque rapidement une rupture avec l’art néoclassique et incarne le mouvement romantique naissant.
Delacroix est également reconnu comme peintre orientaliste. En 1832, il se rend au Maroc et en Algérie, suivant une mission diplomatique française. Ce voyage va profondément marquer son œuvre et sa manière de peindre. Il en rapporte un riche carnet de voyages, rempli d’aquarelles, de dessins et de récits. Tout au long de sa vie, dans une trentaine d’œuvres, Delacroix reviendra à des thèmes liés à l’Afrique du Nord, signe de l’importance de ce périple. N’étant jamais allé en Italie, ce voyage est aussi l’occasion pour l’artiste de côtoyer ce qu’il nomme « l’Antiquité vivante », les esprits du XIXe siècle étant persuadés que les coutumes orientales étaient restées inchangées depuis les temps les plus reculés. Surtout, en Afrique, Delacroix s’initie à une palette de couleurs plus audacieuse et à une vision sensuelle du monde qui marqueront la suite de sa production.
Sous la Monarchie de Juillet et la Seconde République, il est aussi appelé à œuvrer sur plusieurs grands chantiers décoratifs, comme aux palais Bourbon et du Luxembourg, dans la Galerie d’Apollon au Louvre et à l’église Saint-Sulpice. Dans ces décors, il continue à expérimenter ses recherches sur la couleur et la lumière.
En 1855, à l’occasion de l’Exposition universelle qui a lieu cette année-là à Paris, Delacroix voit ses œuvres les plus célèbres présentées dans une rétrospective personnelle, mise en regard avec la production d’Ingres. Cette double exposition de deux géants de la peinture de la première moitié du XIXe fut perçue dès l’époque comme une mise en opposition publique du néoclassicisme académique et du romantisme au travers de ses deux chefs de file.
Eugène Delacroix meurt en gloire, à Paris, le 13 août 1863. Dans les années qui suivent son décès, son héritage se fait déjà sentir sur toute une génération de jeunes artistes aussi bien académiques que d’avant-gardes. Encore aujourd’hui, on retient de lui l’image du peintre qui sut transcender la technique picturale et l’usage des couleurs pour exprimer des émotions avec une puissance jusque-là rarement atteinte.
La couleur est par excellence la partie de l’art qui détient le don magique. Alors que le sujet, la forme, la ligne s’adressent d’abord à la pensée, la couleur n’a aucun sens pour l’intelligence, mais elle a tous les pouvoirs sur la sensibilité. (Journal)